Découvrez l’interview de la Dr. Lucile Janvier, qui a récemment intégré le CINF, branche spécialisée en médecine nucléaire du groupe IMDEV. À travers son parcours et son quotidien, elle décrypte les procédures de la médecine nucléaire qui permettent de détecter, diagnostiquer et même soigner certaines pathologies.
Pouvez-vous décrire le principe de la médecine nucléaire en quelques mots ?
La médecine nucléaire permet de diagnostiquer des pathologies, mais aussi de les soigner dans certains cas, ou encore de déterminer si un traitement sera efficace ou non sur le long terme pour un patient.
« Si en radiologie on se concentre sur l’aspect morphologique du corps et des organes, en médecine nucléaire, on étudie l’organisme à l’échelle fonctionnelle, moléculaire et même cellulaire. »
Si en radiologie on se concentre sur l’aspect morphologique du corps et des organes, en médecine nucléaire, on étudie l’organisme à l’échelle fonctionnelle, moléculaire et même cellulaire. On administre un radiopharmaceutique par voie veineuse, orale ou respiratoire, pour observer la façon dont les organes le traitent et déceler d’éventuelles anomalies.
En recoupant les informations obtenues en radiologie et en médecine nucléaire, on peut avoir une approche complète et proposer une solution optimale à chaque patient.
Comment vous êtes-vous formée en médecine nucléaire ?
Après le lycée, je suis allée en classe préparatoire scientifique, car j’ai toujours été passionnée par la physique et les mathématiques, mais je me suis rapidement réorientée en médecine.
Je me suis spécialisée en médecine nucléaire à la fin de mon cursus, car c’est une discipline qui comprend de nombreuses facettes captivantes. Elle mêle recherche, évolution et nouvelles technologies, en s’appuyant sur des bases physico-biologiques.
Pour mon 3e cycle, j’ai fait le choix d’étudier à la faculté de Médecine de Nancy, qui était une référence en médecine nucléaire, notamment en TEP-Scan et en cardiologie nucléaire. Le cursus comprenait une formation en radiologie dans des services experts, un passage par la cancérologie, la médecine interne et en épreuves fonctionnelles cardiaques. Cette formation de pointe m’a permis d’acquérir un socle de compétences solide en radiologie, et de développer un fort attrait pour la cardiologie.
J’ai voulu compléter mes connaissances en terminant mon cursus à la faculté de Bordeaux, pour l’expertise complémentaire en cardiologie, en thérapie nucléaire et en endocrinologie, qui se concentre sur l’étude des hormones, indispensable pour le diagnostic de certaines pathologies.
Ainsi, au cours de mon cursus, j’ai acquis diverses compétences qui m’ont permis d’avoir une approche complète de la médecine nucléaire.
Quelle a été votre carrière professionnelle avant de nous rejoindre ?
J’ai commencé ma carrière à l’Hôpital de Bayonne où je suis restée 2 ans. J’ai beaucoup aimé travailler dans le public, mais j’avais une réelle volonté d’entreprendre et de gérer de nouveaux projets, ce qui m’a poussée à m’orienter vers un cadre libéral.
« J’avais une réelle volonté d’entreprendre et de gérer de nouveaux projets, ce qui m’a poussée à m’orienter vers un cadre libéral. »
À la suite de ça, j’ai effectué des remplacements dans toute la France pendant plusieurs années, afin de découvrir différents types de structures et d’organisations. J’ai exercé dans le Sud-Ouest, le Sud-Est, le Centre et le Nord-Est… Cette variété d’expériences a été très enrichissante et m’a permis d’avoir des attentes précises sur le cadre de travail que je recherchais.
J’ai également construit un solide réseau dans le milieu, et j’ai ainsi intégré ISOTEAM, la première société de télémédecine nucléaire française, entièrement gérée par des médecins. J’ai ainsi pu me former à cette pratique et renforcer mes compétences globales.
Pourquoi vous être associée au sein d’IMDEV ?
Lorsque j’ai appris que le CINF cherchait un médecin pour développer l’activité au GHI LE RAINCY MONTFERMEIL, j’ai rejoint le groupe en tant que remplaçante pendant 1 an. Après plusieurs années de recherche, j’ai fini par trouver un environnement qui me convenait parfaitement et j’ai décidé de m’associer au sein du groupe IMDEV.
« La petite taille de l’équipe est un atout car elle me permet de toucher à tout et de mettre à profit toutes les compétences que j’ai pu développer au cours de mon cursus. »
J’ai tout de suite accroché à l’équipe et à l’état d’esprit de mes confrères. Nous sommes sérieux et investis, tout en maintenant une ambiance saine et conviviale. Nous accordons tous de l’importance à l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, et nous nous adaptons aux besoins de chacun. La petite taille de l’équipe est un atout car elle me permet de toucher à tout et de mettre à profit toutes les compétences que j’ai pu développer au cours de mon cursus. Nous mettons en place notre propre télé-interprétation pour accompagner notre développement ; c’est un entre-deux idéal pour absorber l’activité croissante en attendant d’avoir une demande assez importante pour embaucher un nouveau confrère.
Où exercez-vous la médecine nucléaire aujourd’hui ?
Aujourd’hui, j’exerce au sein de deux établissements en Île-de-France : le GHI Le Raincy Montfermeil et l’Hôpital privé du Vert Galant, à Tremblay-en-France. Ils disposent chacun d’un TEP-Scan et de deux caméras de scintigraphie, dont une spécialisée pour la cardiologie à Montfermeil. Ces équipements me permettent de réaliser une large gamme d’examens de médecine nucléaire.
Le GHI Le Raincy Montfermeil résulte d’un partenariat public-privé, qui correspond parfaitement à mon parcours et mes préférences organisationnelles. Il allie l’activité hyperspécialisée du milieu hospitalier et la réactivité d’un cabinet de ville. On travaille avec des spécialistes sur place qui nous aident à améliorer nos pratiques et à étudier des cas complexes passionnants. Par exemple, il y a un pôle spécialisé en ORL qui traite des formes d’otites graves. L’équipe de médecine nucléaire intervient pour aider à la décision thérapeutique grâce au TEP-Scan. Ce sont des dossiers que l’on n’a pas l’occasion de traiter en milieu extrahospitalier.
« Le GHI Le Raincy Montfermeil résulte d’un partenariat public-privé. […] Il allie l’activité hyperspécialisée du milieu hospitalier et la réactivité d’un cabinet de ville. »
Notre force se trouve aussi dans notre réactivité : là où des patients doivent souvent attendre plus de 15 jours pour faire un TEP-Scan, nous sommes capables de leur proposer un créneau pour le lendemain. Nous sommes en relation étroite avec nos médecins correspondants. En complément, nous proposons chaque jour des rendez-vous disponibles sur Doctolib. Il en va de même lorsque l’on diagnostique un cancer, nous pouvons prendre le patient directement en charge, alors qu’il n’est pas rare de devoir attendre plusieurs semaines pour être reçu dans d’autres établissements.
Quels examens réalisez-vous au cours d’une journée type ?
Nous avons deux journées types : celles où l’on est en charge du TEP-Scan ou de la scintigraphie. Ces examens sont réalisés sur ordonnance d’un médecin, spécialiste ou généraliste. Nous demandons leur ordonnance avant les rendez-vous, nous savons donc au préalable quel produit doit être administré pour chaque dossier. Le procédé est toujours le même : une fois que nous avons accueilli le patient, le produit lui est administré et il faut attendre un délai variable, généralement une heure, pour qu’il fasse effet et que l’on puisse réaliser les images. Nous disposons de scanners embarqués sur les TEP-Scans et en scintigraphie, qui nous permettent de réaliser des imageries en coupe, multimodales et de fusionner les modalités de médecine nucléaire et de radiologie.
La scintigraphie
La scintigraphie est une technique médicale où l’on injecte un produit pour analyser le fonctionnement des organes grâce à une caméra. Elle est utilisée pour des pathologies très variées : nous réalisons des scintigraphies cardiaques, rénales, pulmonaires, osseuses, thyroïdiennes… Dans certaines situations, cet examen permet de soigner les patients en leur évitant une intervention invasive.
C’est par exemple le cas de la scintigraphie cardiaque, qui est utilisée pour détecter les problèmes coronariens. Chez les patients exposés à un risque cardiovasculaire, notamment les patients diabétiques pouvant faire des infarctus silencieux ; au lieu d’imposer directement une coronarographie qui est invasive et toxique, la scintigraphie cardiaque permet d’observer les flux sanguins et de déterminer une normalité ou de déceler les artères avec un flux plus faible, qui témoigne d’une maladie artérielle silencieuse.
« La scintigraphie permet également de traiter l’hyperthyroïdie dans certains cas. Plutôt que d’opérer le patient concerné, il est possible de lui administrer une gélule contenant une dose précise et adaptée d’iode radioactive. »
La scintigraphie permet également de traiter l’hyperthyroïdie dans certains cas. Plutôt que d’opérer le patient concerné, il est possible de lui administrer une gélule contenant une dose précise et adaptée d’iode radioactive, calculée selon ses besoins. C’est un traitement qui ne nécessite qu’une seule prise du médicament, suivie d’une surveillance de l’évolution du bilan sanguin par notre confrère correspondant pour évaluer la guérison du patient.
Le TEP-Scan
Le TEP-Scan est un type particulier de scintigraphie qui met à profit les caractéristiques physiques de certains radiotraceurs afin d’obtenir des images plus précises pour des doses minimes de radiopharmaceutique. C’est un examen de référence en cancérologie, indispensable pour établir un bilan d’extension, un suivi thérapeutique, confirmer une récidive ou une rémission. On utilise différents traceurs en fonction de la pathologie que l’on cherche à déceler, comme le PSMA qui peut révéler des récidives microscopiques dans le cas d’un cancer de la prostate.
Il aide à détecter des anomalies à des stades très précoces ; grâce à un TEP-Scan, on peut notamment repérer une métastase avant qu’elle ne soit visible en imagerie classique.
Il est également très utile pour le suivi d’une chimiothérapie. Après 3 cycles de traitement, il est possible de prédire si un patient sera répondeur ou non sur le long terme à sa chimiothérapie. En effet, en analysant le métabolisme d’une métastase, on peut déterminer si elle va répondre non au traitement, et ce même si son aspect n’a pas encore évolué. Cela permet de repenser rapidement un parcours de soin adapté si besoin.
« En analysant le métabolisme d’une métastase, on peut déterminer si elle va répondre ou non au traitement, et ce même si son aspect n’a pas encore évolué. »
Par ailleurs, il est utilisé dans le diagnostic de nombreuses autres pathologies, comme les infections, les vascularites inflammatoires, les polyarthrites, les maladies neurodégénératives…
Comment imaginez-vous le CINF de demain ?
Une perspective d’évolution pour notre service pourrait être le développement d’une activité en pathologie neurodégénérative, comme la maladie d’Alzheimer, en collaboration avec la filière en neurologie et en gériatrie ; avec la TEP cérébrale au FDG qui est déjà proposée actuellement, mais aussi la possibilité de recourir à d’autres traceurs plus spécifiques pour aider au diagnostic et à la prise en charge précoce de ces maladies.
Dans tous les cas, la médecine nucléaire évolue constamment et nous aurons certainement des procédures innovantes qui verront le jour dans les années à venir !
– Interview de la Dr. Lucile Janvier, médecin nucléaire au CINF Centre d’Imagerie Nucléaire France.
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